America First de Trump : le retour du Big Stick
Par Josué Senat · Port-au-Prince · · 3 min de lecture · Mis à jour le 24 avril 2026
Version française originale — source de référence du Relief. Notre politique de traduction

Début du XXe siècle. Theodore Roosevelt impose sa vision du monde avec la doctrine du Big Stick – la diplomatie du gros bâton. L’idée ? Faire des États-Unis le gendarme incontesté du continent américain, avec l’interventionnisme pour levier et la stabilité régionale comme prétexte. Un siècle plus tard, ce même Big Stick refait surface sous une forme modernisée, teintée d’America First et d’hostilité à la Chine.
L’une des premières cibles de cette posture musclée ? Le canal de Panama. Depuis son entrée à la Maison-Blanche, Donald Trump agite la menace d’une reprise en main du passage stratégique, prétextant une influence chinoise grandissante. Interrogé sur la possibilité d’une intervention militaire, il esquive, laissant planer l’ambiguïté. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, ne fait rien pour rassurer. Dans un entretien accordé à SiriusXM, il annonce : « Je pense qu’on verra émerger un continent américain plus sûr, et nos intérêts dans le canal de Panama seront plus sécurisés. » Une déclaration qui en dit long sur la nouvelle posture de Washington dans la région. Mais dans l’Amérique de Trump, un continent « plus sûr » ne se résume pas à un contrôle accru des voies stratégiques. C’est aussi une frontière sud hermétique et une Amérique centrale débarrassée de l’influence chinoise. Salvador, Guatemala, Costa Rica : autant de pays qui alimentent le flux migratoire vers les États-Unis et se retrouvent dans la ligne de mire de la nouvelle administration. Dès son arrivée au pouvoir, Trump a lancé une vaste opération d’expulsions massives, rappelant à ces États leur dépendance économique vis-à-vis de Washington. Un message clair : ils ont tout intérêt à renforcer leur partenariat avec les États-Unis s’ils veulent éviter le courroux du Big Stick. L’America First version Trump, ce n’est pas seulement du nationalisme économique. C’est aussi une diplomatie de confrontation, mêlant interventionnisme et unilatéralisme. Depuis son investiture, le président américain agite la menace tarifaire comme une arme : 10 %, 20 %, 25 %… Même le Canada, pourtant allié historique, n’est pas épargné. Alors pour les pays de la région, le choix est simple : s’aligner sur la vision trumpienne des Amériques ou se préparer à goûter au bâton. Josué Sénat
M.A Politologue, internationaliste.



